
« Il y a pour la classe ouvrière tout entière un intérêt vital à ce que des services publics démocratiquement gérés se substituent aux monopoles capitalistes et à ce qu’ils fonctionnent excellemment.
D’abord, les travailleurs y peuvent conquérir, pour eux-mêmes, plus de garanties.
Dans une démocratie, l’Etat, si bourgeois qu’il soit encore, ne peut pas méconnaître les droits et les intérêts des salariés aussi pleinement et cyniquement que les monopoles privés. (…)
Le Parlement a intérêt, pour la transformation de la société capitaliste en société socialiste, à ce que de grands services publics, administrés selon des règles de démocratie et avec une large participation de la classe ouvrière à la direction et au contrôle, fonctionnent puissamment.
Les services publics démocratisés peuvent et doivent avoir ce triple effet d’amoindrir la puissance du capitalisme, de donner aux prolétaires plus de garanties et une force plus directe de revendication, et de développer en eux, en retour des garanties conquises, ce zèle du bien public qui est une première forme de la moralité socialiste et la condition même de l’avènement d’un ordre nouveau.
Que les prolétaires défendent donc vigoureusement les services publics contre les campagnes systématiques de la presse bourgeoise, et contre les déceptions que produit dans la classe ouvrière elle-même une première application maladroite et arrogamment bureaucratique du régime de la nationalisation.
Qu’ils ne livrent pas l’Etat aux oligarchies ; mais qu’ils s’efforcent, en élargissant le domaine de l’Etat, d’accroître leur action dans l’Etat et sur I’Etat par le développement de leur organisation syndicale et de leur puissance politique.
Il y a là un élément nécessaire de la politique d’action de vaste et profonde « réalisation » que le Parti socialiste sera tenu de proposer à la démocratie française à mesure que le radicalisme décomposé manifestera son impuissance essentielle. »
Jean Jaurès

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