
La poésie est toujours un acte de paix.
Le poète naît de la paix comme le pain naît de la farine.
Les incendiaires, les guerriers, les loups,
cherchent le poète pour le brûler, pour le tuer, pour le mordre.
Un spadassin a blessé Pouchkine à mort parmi les arbres d'un parc épais.
Les chevaux de poudre ont galopé affolés sur le corps sans vie de Petöfi.
En luttant contre la guerre, Byron est mort en Grèce.
Les fascistes espagnols ont commencé leur guerre
en assassinant le plus grand poète de leur pays.
Mais la poésie n'est pas morte,
la poésie à la vie dure.
On la malmène, on la traîne dans la rue, on la couvre de crachats et de quolibets,
on la confine pour l'étouffer, on l'exile, on l'emprisonne,
on tire trois ou quatre fois sur elle,
et elle ressort de tous ces épisodes le visage bien lavé, avec un sourire de riz.
Pablo Neruda

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