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Tour Eiffel

par petite planete 17 Mars 2009, 06:30 Paris

 


Vous du métro
Dans le soir avec mes yeux phosphore orage
C'est moi que les collégiens de leurs mains ivres
caressent sans savoir pourquoi

Ils lèvent leur front lourd les enfants des péniches
La balle échappe à leurs doigts gourds
Quand le fleuve en passant baigne mes pieds et chante

Voici la grande femelle bleue
La dame au corsage de jalousie
Elle est tendre Elle est nouvelle
Ses rires sont des incendies

Vois nos mains traversées d'alcool et de sang bleu
Laisse-nous respirer tes cheveux de métal

Mais accroupi dans mes jupes
Que fait près de moi ce régime de bananes
Paris paysage polaire

Mon corps de levier dans le vent chaud
Le sentez-vous Comme il est noir
Femmes léchez mes flancs d'où fuit FL FL
Le bulletin météorologique

Messieurs posez vos joues rasées
Contre mes membres adossés aux cieux
Où les oiseaux migrateurs Nichent

Louis Aragon,
"La tour parle",
Dans La tour Eiffel de Robert Delaunay,
Ed. Jacques Damaser.

***

« Regard, objet, symbole, la tour est tout ce que l'homme met en elle, et ce tout est infini.


Spectacle regardé et regardant, édifice inutile et irremplaçable, monde familier et symbole héroïque, témoin d'un siècle et monument toujours neuf, objet inimitable et sans cesse reproduit, elle est le signe pur, ouvert à tous les temps, à toutes les images et à tous les sens, la métaphore sans frein ; à travers la tour, les hommes exercent cette grande fonction de l'imaginaire, qui est leur liberté ; puisque aucune histoire, si sombre soit-elle, n'a jamais pu la leur enlever. »


Roland Barthes
(La Tour Eiffel, Delpire Éditeur, 1964.)

 


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