« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille
à déciviliser le colonisateur,
à l’abrutir au sens propre du mot,
à le dégrader,
à le réveiller aux instincts enfouis,
à la convoitise,
à la violence,
à la haine raciale,
au relativisme moral,
et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un oeil crevé
et qu’en France on accepte,
une fillette violée
et qu’en France on accepte,
un Malgache supplicié
et qu’en France on accepte,
il y a
un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort,
une régression universelle qui s’opère,
une gangrène qui s’installe,
un foyer d’infection qui s’étend
et qu’au bout
de tous ces traités violés,
de tous ces mensonges propagés,
de toutes ces expéditions punitives tolérées,
de tous ces prisonniers ficelés et interrogés,
de tous ces patriotes torturés,
au bout
de cet orgueil racial encouragé,
de cette jactance étalée,
Il y a
le poison instillé dans les veines de l’Europe,
et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. (...)
"Discours sur le colonialisme" est un pamphlet anticolonialiste d'Aimé Césaire,
paru aux éditions Réclame en 1950, puis à Présence africaine en 1955.
Aimé Fernand David Césaire,
né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique)
et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France
R.I.P., Aimé.

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