.En Avignon, tout le monde connaissait la mule du pape Boniface
Quand Tristet Vedène, galopin effronté, entra au service du pape, ce gredin fit bien des misères à cette mule jusqu'au jour où il la fit monter en haut d’un clocheton par un escalier en colimaçon et où elle se promit de lui donner un puissant coup de sabot dès le lendemain, mais Tristan Vedène partit pour Naples dont il ne revint que sept ans plus tard :
EXTRAIT :
« …Sitôt rentré, le premier moutardier ( Tristet Vedène) salua d’un air galant, et se dirigea vers le haut perron, où le Pape l’attendait pour lui remettre les insignes de son grade […].
La mule était au bas de l’escalier, toute harnachée et prête à partir pour la vigne…
Quand il passa près d’elle, Tristet Vedène eut un bon sourire et s’arrêta pour lui donner deux ou trois petites tapes amicales sur le dos, en regardant du coin de l’œil si le Pape le voyait.
La position était bonne…
La mule prit son élan : "Tiens, attrape, bandit ! Voilà sept ans que je te la garde !"
Et elle lui détacha un coup de sabot si terrible, que de Pampérigouste même on vit la fumée, un tourbillon de fumée blonde où voltigeait une plume d’ibis ; tout ce qui restait de l’infortuné Tristet Vedène ! ...
Les coups de pied de mule ne sont pas aussi foudroyant d’ordinaire ; mais celle-ci était une mule papale ; et puis, pensez donc ! elle le lui gardait depuis sept ans…
Il n’y a pas de plus bel exemple de rancune ecclésiastique. »
Les lettres de mon moulin, La Mule du Pape (Alphonse Daudet)

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