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Home, sweet home...

par petite planete 8 Novembre 2012, 12:21 La vraie vie

 

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"J'ai  compris  aussi  ce  que  bien  d'autres  avaient

découvert  avant  moi,  que  l'on naît,  que  l'on vit,  et

que  l'on  meurt  seul  au  monde,  enfermé  dans sa

structure  biologique  qui  n'a  qu'une  seule  raison

d'être,  celle  de  se conserver.  Mais  j'ai  découvert

aussi  que,  chose étrange,  la  mémoire et

l'apprentissage faisaient pénétrer les autres dans cette

structure,  et  qu'au niveau  de  l'organisation  du  moi,

elle  n'était  plus  qu'eux.  J'ai  compris  enfin  que  la

source profonde de l'angoisse existentielle, occultée

par  la  vie  quotidienne et les  relations

interindividuelles  dans  une  société  de  production,

c'était  cette  solitude  de  notre  structure  biologique

enfermant  en  elle-même  l'ensemble,  anonyme  le

plus souvent,  des  expériences  que  nous  avons

retenues des autres. Angoisse de ne pas comprendre

ce  que  nous sommes  et  ce  qu'ils sont,  prisonniers

enchaînés au même monde de l'incohérence et de la

mort.  J'ai  compris  que ce que  l'on nomme amour

pouvait n'être que le cri prolongé du prisonnier que

l'on  mène au  supplice,  conscient  de  l'absurdité  de

son innocence;  ce cri  désespéré,  appelant l'autre  à

laide et auquel aucun écho ne répond jamais. Le cri

du Christ en croix: « Eli, Eli, lamma sabacthani » «

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

». Il n'y  avait là, pour lui répondre, que le Dieu  de

l'élite et du sanhédrin. Le Dieu des plus forts. C'est

sans  doute  pourquoi  on  peut  envier  ceux qui  n'ont

pas  l'occasion  de  pousser  un  tel  cri,  les  riches,  les

nantis,  les  tout-contents  d'eux-mêmes,  les  fiers-à-

bras-du-mérite, les héros de l'effort récompensé, les

faites-donc-comme-moi,  les  j'estime-que,  les  il-est-

évident-que, les sublimateurs, les certains, les justes.

Ceux-là n'appellent jamais à l'aide, ils se contentent

de chercher  des  «  appuis  » pour  leur  promotion

sociale. Car; depuis l'enfance, on leur a dit que seule

cette dernière était capable d'assurer leur bonheur. Ils

n'ont pas le temps d'aimer, trop occupés qu'ils sont à

gravir  les  échelons  de  leur  échelle  hiérarchique.

Mais ils conseillent fortement aux autres l'utilisation

de cette  «  valeur  »  la  plus  «  haute  » dont ils

s'affirment d'ailleurs pétris. Pour les  autres, l'amour

commence avec  le  vagissement  du nouveau-né

lorsque,  quittant  brutalement la  poche  des  eaux

maternelle, il sent tout à coup sur sa nuque tomber le

vent froid du monde et  qu'il  commence à  respirer,

seul,  tout  seul,  pour  lui-même,  jusqu'à  la  mort.

Heureux celui que le bouche à bouche parfois vient

assister.

- Narcisse, tu connais ?"

 

Henri Laborit in Eloge de la Fuite

 

http://inventin.lautre.net/livres/Henri-Laborit-Eloge-de-la-fuite.pdf

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commentaires

MARIE 11/11/2012 06:24


Un très beau texte... merci pour le partage !

petite planete 12/11/2012 00:22



Oui Marie, c'est difficile à admettre mais c'est ainsi...


Heureuse de ta visite 



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